Benoît Cauvin

Médecine des Andes

L’Equateur est un pays magnifique où l’on peut, en une journée, passer des Andes à la forêt amazonienne ou à la côte et pourquoi pas même rejoindre les mythiques Galapagos. Les Andes équatoriennes sont habitées par de nombreux volcans parfois enneigés et pour certains d’entre eux encore en activité, tel le Tungurahua qui culmine à 5000 m ou le Guagua Pichincha. La nature y est foisonnante et dantesque. Les dernières éruptions ont couvert de cendres la capitale Quito et la ville de Banos.

Les Andes sont évidemment indissociables de l’histoire des Incas et des Mayas. Ces peuples vivaient en ces terres et avaient coutume de célébrer les éléments, le vent, le soleil, la lune et Pachamama, la terre mère nourricière. Peut être pour calmer ses ardeurs explosives.

Je rencontre à Riobamba Julian, un jeune ostéopathe installé ici qui m’a proposé de servir de guide dans cette rencontre avec la médecine traditionnelle andine que je ne connais absolument pas. Cette médecine a connu le même sort que toutes les médecines traditionnelles rencontrées au court de mon voyage. Les conquistadors espagnols l’ont faite interdire, voyant dans ces pratiques une insulte à leur dieu et ont pourchassé et tué les médecin-prêtre les accusant de sorcelleries. Aux yeux de la population, ces prêtres avaient un énorme pouvoir. Ils étaient les messagers des dieux de la nature, pratiquaient les cérémonies, guérissaient les « enfermadades » (en espagnol les maladies, qui provenaient des mauvais esprits et des mauvaises émotions) et pratiquaient la chirurgie au besoin. Ces moines andins agissaient sous la tutelle de la maison mère à Cusco, le Machu Pichu. Pourchassés,  ils ont continué de transmettre leurs savoirs de grand-père à petit fils ou de grand-mère à petite fille en cachette et cette médecine connaît aujourd’hui un nouveau souffle.

Le père Pierrick van Horp, installé ici depuis trente ans et intégré à la population locale à quelques kilomètres de Riobamba nous a donné le contact du yachak Alfredo. La médecine traditionnelle andine, en plus d’utiliser les herbes médicinales endémiques, comprend une philosophie et des pratiques portées sur les énergies. C’en est même son principal aspect que je ne connais que peu et que je n’ai pas encore abordé durant mon voyage, si ce n’est à Bali avec Tjokorda. La limpia, grand nettoyage ou purification de l’énergie du patient, est la pierre angulaire de cette médecine.

La matinée commence par une cérémonie traditionnelle guidée par Alfredo avec l’ensemble des patients présents. En cercle autour d’un foyer, nous tendons nos mains vers les points cardinaux. Muni de son rédondor, sorte de court didgéridoo et d’un coquillage, il souffle pour envoyer nos énergies vers ces quatre portes cardinales et salue ainsi les esprits qui s’y trouvent.

Alfredo enchaîne par la suite les traitements, certains qu’il a appris à l’école comme la mésothérapie ou l’accupuncutre. Puis viennent les limpias.

Après avoir attendu notre tour quelques heures, nous entrons dans une petite pièce. Contre un mur, une petite table sur laquelle sont posés diverses statues, des couteaux et épées en bois, des bouteilles au contenu encore inconnu et des bougies. Alfredo est petit et trapu mais son sourire et ses yeux lui donne de la légèreté.

Il me tend une bougie que je frotte de bas en haut sur toutes les parties de mon corps. Il allume ensuite cette bougie et regarde la flamme, ses formes ses couleurs, sa puissance. Il me pose son diagnostic. Une chose personnelle que je suis seul à connaître. Il en fera de même avec Julian. Nous restons circonspects, perturbés même. En boxer devant lui, il enchaîne ses techniques, me crache du feu, me frotte avec ses bouquets d’herbes dont il a le secret, me passe des pierres, des épées en bois, me crache de l’alcool dessus puis souffle dans son rédondor en direction de mon cœur. La séance dure une dizaine de minutes.

En voyant ce film, nos cerveaux cartésiens voient forcément du folklore ou du théâtre mais rien de bien thérapeutique. Pourtant, Alfrédo est sincère et ne joue pas.  Il est dans la juste mesure. Mais le plus surprenant est que sans nous connaître et avant même d’avoir parlé avec nous, il savait ce qui se passait dans nos corps et dans nos vies. Le padre m’avouera pendant le repas du soir avoir guéri de deux tuberculoses grâce aux limpias du Yachak Alfredo. Je savais que j’aborderais au cours de ce voyage les approches énergétiques. Je ne savais pas quand ni où ! C’est fait et de bien belle manière, par cette médecine venue des temps anciens où les hommes vivaient en harmonie avec Pachamama.

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