Benoît Cauvin

Ma vision de l’ostéopathie

A la croisée des chemins

L’ostéopathie est une médecine naturelle formalisée à la fin du 19è siècle aux Etats-unis et qui a la particularité d’utiliser des techniques manuelles pour améliorer l’état de santé des patients. Elle est à mi-chemin entre la médecine occidentale scientifique et les médecines traditionnelles naturelles. Elle a gardé de la première les connaissances sur l’anatomie, la biologie, la sémiologie et d’autres savoirs liés au développement de la science moderne et de la deuxième la vision globale (de l’homme, du monde, de la santé) et les savoirs faire manuels empiriques transmis par voie orale, de maître à élève. L’ostéopathie est une jeune discipline au regard des médecines traditionnelles ayurvédiques ou chinoises qui sont, elles, millénaires.

Médecine conventionnelle et analyse

La médecine moderne est à mettre en rapport avec le développement de la science. En occident, la science a longtemps était l’apanage du clergé qui voyait, dans chaque expression de la vie, l’oeuvre de Dieu. En réaction, la révolution scientifique menée par Descartes, au 17è siècle, s’est détachée radicalement de la scolastique. Dans sa quête de vérité absolue, la méthode cartésienne isole l’objet scientifique de son environnement et de ses interactions (donc de Dieu). Descartes découpa donc la complexité en petits morceaux (ana-lyse) pensant pouvoir la reconstruire par leur assemblage (synthèse). Ce qui est en réalité impossible. La science se met à décrire, classer et catégoriser tous ses objets d’observation. Descartes est animé par la quête de l’absolu et souhaite expliquer le Tout. Par sa méthode, il souhaite affranchir l’homme de la nature afin de ne plus la subir. Plus tard, Darwin s’affranchira des théories évolutionnistes de Lamarck (l’environnement façonne le vivant et le fait évoluer) pour laisser la part belle au hasard. Le virage scientifique cartésien aux méthodes rigoureuse a totalement déconnecté l’homme de son environnement, lui donnant ainsi l’illusion de sa liberté. Une lutte entre les deux s’engage alors dans les différents secteurs de la science, y compris celui de la médecine.

Sur ce modèle scientifique qu’est l’analyse, la médecine va découper le corps humain en différentes parties et niveaux. Chacun sa spécialité. On ne soigne plus les hommes mais les maladies. On veut effacer les symptômes sans chercher à comprendre leurs éventuelles causes, leurs liens, ou tout simplement ce qu’ils expriment. Tout ce qui est en dehors de la norme établie par les statistiques (physiologie) doit être ramené à elle. L’extérieur devient un ennemi potentiel (les germes par exemple) qu’il faut combattre (principe de l’immunité du soi et du non soi). La révolution du 19è siècle achèvera ce travail d’analyse et plongera la médecine moderne dans le monde de la chimie et de l’infiniment petit, perdant au passage toute vision globale ou même systémique. Mais pour des objets complexes, vivants, en constante évolution et connectés à leur environnement, cette simplification ne va pas sans poser certains problèmes. La vie n’est pas figée, elle évolue à chaque instant, se transforme, s’associe, s’adapte. Les statistiques ne sont que des photos à un instant T et ne peuvent servir de base aux théories universelles. Le « futurologue » Joël De Rosnay estime que l’avenir de la médecine moderne dépendra de sa capacité à réintégrer l’ensemble des connaissances spécifiques dans une vision globale de l’homme et du vivant. La médecine de demain sera une médecine préventive, un art de l’hygiène de vie.

Sa vidéo : médecine de demain-Joël de Rosnay

Imaginons, optimiser (la santé) plutôt que de lutter contre (la maladie), accompagner plutôt que d’éliminer, stimuler plutôt que remplacer, permettre de faire plutôt que de faire à la place. Il est peut être temps aujourd’hui de rentrer dans l’ère post-moderne, de créer un nouveau paradigme et d’utiliser une nouvelle sémantique, celle des co-, des éco- et des inter-.

Quelques caractéristiques qui définissent le modèle ostéopathique :

1. Le modèle (et ce n’est pas le seul) envisage le corps humain comme une entité indivisible. Cela signifie que toutes ses éléments sont liés les uns aux autres, et qu’une structure qui s’exprime peut en influencer beaucoup d’autres. L’ostéopathe envisage toutes ces interactions et joue avec elles. Certains blocages peuvent empêcher la libre circulation des fluides, des influx et des contraintes mécaniques et ainsi perturber l’autorégulation du corps. C’est le travail de l’ostéopathe que de lever ces blocages et permettre au corps de retrouver son équilibre.

2. L’ostéopathie est une approche mécaniste. Mais si le chirurgien coupe quand la structure est mauvaise ou le médecin agit sur les processus chimiques qui amènent le symptôme, l’ostéopathe cherche à améliorer l’état des tissus (quand c’est encore possible). en les sollicitant mécaniquement. On pourrait qualifier l’ostéopathe de régénérateur tissulaire. Le travail des mains permet aux tissus de se transformer. Ils deviennet plus souples, plus élastiques donc plus adaptables et moins sensibles quand on les sollicite. Par le jeu des interactions, les effets seront multiples (local et à distance). Pour ma part, j’ai voulu faire ce métier après m’être fait soigner une angine blanche par des techniques mécanistes, ce que je pensais alors impossible.

3. L’ostéopathie fait le constat qu’une structure en mauvais état ne pourra pas bien fonctionner et que ce dysfonctionnement rendra la structure encore plus en mauvais état, refermant la boucle des rétroactions. Structures et fonctions sont donc interdépendantes.

4. L’ostéopathe envisage les relations des hommes avec leur environnement. Il se soucie des différentes hygiènes de vie de son patient, à savoir physique, digestive et psychique. Il interroge et conseil sur ce domaine.

Différence entre kinésithérapie et ostéopathie ?

Cette question revient souvent chez nos patients. L’approche de la kinésithérapie est plutôt analytique. Elle se focalise essentiellement sur le lieu de la plainte. Par exemple j’ai un problème de genou. Le kiné va utiliser ses outils et techniques pour diminuer les symptômes. Electro, ultra-sons, massages, étirements ou renforcement des muscles qui s’attachent au genou…. Le rhumatologue cherchera par l’imagerie des atteintes du genou qui peuvent expliquer les symptômes (arthrose, fissures ménisques…) et proposera différentes solutions pour le genou comme infiltration (anti-inflammatoire, acide hyaluronique…), opération (comme prothèse ou ménisectomie) ou repos.

L’approche de l’ostéopathe sera plus systémique. Il partira du genou, vérifiera sa biomécanique puis investiguera l’ensemble des structures qui peuvent interagir avec ce genou. Il sera ainsi amené à investiguer dans ce cas là la cheville, le bassin, les fascias (interactions mécaniques), la peau puis pourquoi pas la colonne (interactions neurologiques) et les organes viscéraux comme ici le colon (interactions neurologiques et neuro-vasculaire via les phénomènes de convergence au niveau du métamère de la moelle épinière). L’ostéopathe peut agir sur l’ensemble des sphères pariétales, viscérales, crâniennes et tissulaires. Investiguer toutes ces interactions comme une enquête policière permet notamment de modifier le terrain et d’éviter les récidives.

2,890 total views, 3 views today